dimanche 13 janvier 2008

L'Italie croule sous les déchets


Des sacs-poubelles bleus, roses, noirs inondent les rues, créant de véritables monts de détritus alimentaires et plastiques en tout genre. Les passants se pincent le nez pour ne pas respirer l’odeur pestilentielle qui se dégage de ces amas. Nous sommes dans les périphéries de Naples en janvier 2008. La situation en Italie est comparable à celle des pays du tiers-monde. La conséquence d’une politique de traitement des déchets ménagers et industriels qui échoue depuis des années.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Lavoisier aurait sûrement été gêné de ne pas trouver une réponse positive à sa formule dans une telle situation. Depuis maintenant presque deux mois, la région Campanie n’a plus de lieu de dépôts des déchets. Toutes les structures d’accueil des détritus comme les décharges ou les industries de traitement et de tris sont saturés. La rue est désormais le seul coin de villégiature des déchets. Et ils l’adorent.

La commission chargée de faire face à la crise devrait être en alerte maximale jusqu’en novembre 2008. Mais ce plan « d’urgence dans l’urgence » sanitaire n’est que l’énième d’une série qui a commencé dans les années Quatre-vingt-dix. Force est de constater que la structure commissionnaire s’est donc maintenue tout ce temps selon la volonté de Palazzo Chigi, mais n’a pas adopté une seule mesure évitant cette crise qui pointait à l’horizon depuis des années.
Le préfet de Naples, M.Pansa, a donc décidé de rouvrir l’ancienne décharge de Pianura, épuisée depuis des années, et qui se trouve dans la ville, avant l’ouverture du nouveau termovalorisateur de Acerra en 2009. Cette politique du non-respect de l’environnement risque d’être sanctionnée lourdement par l’Union Européenne.

De leurs côtés, les populations tentent, en brûlant les poubelles, d’en finir avec les déchets qui recouvrent leurs trottoirs. Mais la conséquence est gravissime puisque les fumées, les gaz et les poussières qui en émanent sont très toxiques pour l’homme. Les habitants risquent des inflammations de l’appareil respiratoire induisant des toux et des spasmes bronchiaux.

Derrière cette grave détresse sanitaire, d’autres hommes rient. Depuis plusieurs décennies les mafias locales sont impliquées dans le commerce illégal de déchets toxiques en Italie, un des plus vastes en Europe. Cela a eu pour conséquence la contamination de certains sites ainsi que l’émergence de décharges abusives. Mais ça ne s’arrête pas là. Ils possèdent également les entreprises de transport qui s’occupent de récupérer les détritus urbains et de les transporter jusqu’aux incinérateurs ou décharges parfois autorisées. Avec la privatisation de ce secteur, la Camorra agit en toute impunité et bénéficie d’avantages considérables. La pègre locale est aussi propriétaire des terrains qui servent au stockage provisoire ou définitif de ces détritus. Ils ont donc la main mise sur tout un pan de l’économie.

Aucun plan de sauvetage basé sur le recyclage ou la construction de structures de récupération n’a encore été prévu à court terme. Mais peut-être la solution se trouve-t-elle plus en amont, en réduisant la production de déchets par exemple. Pour cela il suffit de ne pas les acheter. Mais ne pas les acheter signifie développer une campagne de sensibilisation des consommateurs sur les déchets et l’environnement. Il suffirait pour cela de promouvoir la réutilisation des conteneurs comme le suggère le journal « Carta ». Une sorte d’économie solidaire qui ne puisse pas intéresser la mafia.

Sources:
http://www.carta.org/campagne/decrescita/esperienze/riciclo,+riuso,+risparmio+e+politiche+dei+rifiuti/10501
http://articoli.alessandroiacuelli.net/?p=154#more-154
http://articoli.alessandroiacuelli.net/?p=153

Image:
http://images.google.it/imgres?imgurl=http://www.galileonet.it/images/760.jpg&imgrefurl=http://www.galileonet.it/news/8462/diossina-dalle-discariche-agli-alimenti&h=266&w=368&sz=29&hl=fr&start=157&um=1&tbnid=ObNrXSiWc50I5M:&tbnh=88&tbnw=122&prev=/images%3Fq%3Dnapoli%2Brifiuti%26start%3D140%26ndsp%3D20%26svnum%3D10%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN

dimanche 6 janvier 2008

Libérez-nous



On a déjà tiré un trait sur l’année 2007. Tout le monde s’est repu à satiété pendant les fêtes, et tout le monde a repris son rythme, avec des nouveaux objectifs, des nouveaux habits et plein de bonnes résolutions. Les informations courent sur les pages des journaux et défilent sur le petit écran : primaires américaines, coupe de France, interdiction de fumer. Même une petite note sur la liberté de la presse dans les colonnes du journal français le plus lu. Mais est-ce le comble du journaliste que de parler si peu de ses collègues et de leurs sorts? Réponse chez Reporters sans Frontières.
Les journalistes emprisonnés en 2007, et qui le sont encore aujourd'hui, ont sûrement espéré être relâché au passage à la nouvelle année. En vain. La clémence n’est pas un trait de caractère de leurs bourreaux ni des gouvernements corrompus. Et puis il y a ceux qui sont morts avant : 86 au total. Ceux-là n’ont pas eu le temps d’espérer, peut-être est-ce mieux ainsi. Et puis combien pourront espérer assez longtemps en 2008 ?


Image source: Reporters sans Frontières

Reporters sans Frontières

samedi 5 janvier 2008

Financements de la recherche et du développement en France



Matériellement, le développement des connaissances et des diverses formes de recherche qui a marqué ces dernières décennies est confronté aujourd’hui à des inégalités croissantes liées à la volonté d’intégration du savoir et de la recherche dans un espace libéral mondialisé. Cette crise, fruit de la politique libérale de recomposition de l’université et de la recherche, est traversée aussi par d’autres pays européens comme l’Espagne et l’Allemagne.

Dans les années quatre-vingt-dix, la France connaît une première vague de libéralisme au niveau des politiques de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les mesures et les pratiques ministérielles changent à l’intérieur d’un discours qui exalte la concurrence, la compétition et l’élitisme au nom de l’excellence. Ce sont donc les bases de la recherche fondamentale qui sont menacées. Pour produire des nouvelles connaissances, la recherche fondamentale doit être libre dans tous les domaines. En ce sens qu’elle s’accommode mal à des objectifs spécifiques et à la concurrence. La recherche appliquée est même tributaire de la recherche fondamentale puisqu’elle plonge ses racines à l’intérieur de celle-ci et en est donc dépendante.
Les chiffres confirment le retard de la dynamique scientifique en France : même si les DIRD (Dépenses Interne pour la Recherche et le Développement) augmentent à partir des années quatre-vingt-dix jusqu’à aujourd’hui, le ratio DIRD/PIB diminue. Les deux grands exécuteurs économiques de la recherche sont les administrations et les entreprises (publiques et privées). Par administrations, il faut comprendre l’Etat (services ministériels, organismes public de recherche), le secteur de l’enseignement supérieur (universités, hôpitaux, Grandes Ecoles) et les institutions à but non lucratif (associations, fondations). Depuis 1995, la contribution des entreprises aux dépenses pour la recherche dépasse celle des administrations. En 2005 les entreprises réalisent 54% des DNRS ( Dépenses Nationales pour la Recherche et le Développement) alors que les administrations ne dépassent pas la part des 45%. Le poids des entreprises en termes de R&D devient toujours plus important à défaut des administrations. Cette tendance à la valorisation des entreprises s’accompagne d’une diminution de la progression des effectifs de R&D ces dernières années (1,4% contre 2,5% en moyenne annuelle entre 2000 et 2004). La conclusion est que nous assistons à une croissance plus faible de l’emploi des chercheurs.
Une autre remarque concerne le ralentissement de l’activité de recherche fondamentale des universités et des centres hospitaliers. Pourtant ce type de recherche est essentiel à fin de trouver des solutions aux nouveaux défis de ce siècle comme les catastrophes écologiques et sanitaires. Ce sont les vrais menaces contemporaines et elles ne peuvent pas êtres résolus à court terme seulement grâce à la recherche appliquée.
En effet, la recherche publique et des entreprises se concentre dans des secteurs d’activité spécifiques tels que l’industrie automobile, l’industrie pharmaceutique, les technologies des communications et la construction aéronautique. Donc la recherche fondamentale française qui attirait des scientifiques du monde entier est en train de régresser. Cependant elle dispose de structures optimales, mais les budgets n’en sont pas à la hauteur. Malgré les résultats positifs de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) créée en 2007 et qui finance des projets, les structures publiques manquent incontestablement d’argent. Et ce phénomène continuera puisque la moitié des subventions pour la recherche publique en 2007 est destinée à la création de CDD et non de postes.
Les EPST (Etablissement Publics à caractère Scientifique et Technologique) qui regroupent notamment le CNRS, ne seront plus libres dans les prochaines années à venir. Ces structures seront obligées de faire de la recherche en conformité à des projets choisis en amont et à promouvoir les partenariats afin de mettre en réseau les acteurs de cette recherche.
Il semble que les progrès de la société en termes de bien-être ne soit plus à l’ordre du jour et que la rentabilité ait fait un pas en avant dans la société française.