mercredi 13 février 2008

La nouvelle botte du "Cavaliere"


Le 18 avril 2006 Romano Prodi battait Silvio Berlusconi aux élections politiques italiennes. C’était un mince succès — seulement trois sièges d’écart séparaient les deux coalitions au Sénat — mais qui avait suffi à créer l’euphorie en Italie, au moins le temps d’une nuit. Le lendemain, dans les rues, dans les universités et sur les marchés, l’optimisme avait déjà perdu de sa vigueur dans les rangs de la gauche. Personne ne voulait y croire, personne n’en avait réellement le courage. Les jours suivants on racontait que le gouvernement Prodi n’aurait pas résisté un an, qu’il se serait désintégré au fil des réformes inapplicables à cause d’une trop faible majorité gouvernementale. Tout le monde s’était trompé ou presque : Prodi aura gouverné pendant quasiment deux ans sur les cinq qui lui étaient dûs.

Il a fallu attendre la démission du ministre de la justice Clemente Mastella pour confirmer la prophétie. En effet, l’ancien Garde des Sceaux mis en cause dans une affaire de trafic d’influence et de corruption au même titre que sa femme et des amis proches, a abandonné son poste de ministre. Par la suite, le vote de confiance au Sénat souhaité par Romano Prodi et la mise en minorité de son gouvernement par M.Mastella a précipité la chute du Président du Conseil.
Depuis des années l’instabilité gouvernementale est monnaie courante en Italie et M.Mastella a préféré la crise politique plutôt que de se confronter directement à son rôle de Garde des Sceaux. Obligé de choisir entre sa famille « sacrée » et la politique « cruelle », il a choisi sa famille ; entre les amis et le respect juridique, ce sont les amis qui ont triomphé; entre les intérêts personnels et ceux du peuple c’est le clientélisme qui l’a emporté. Même si toutefois rien n’est sûr, après la passe d’armes de Clemente Mastella on imagine facilement ce dernier dans la coalition de Silvio Berlusconi, en lice pour les prochaines élections politiques de mi-avril.

Deux mois avant la possible, probable et presque inévitable victoire de l’ex-président du Conseil, chacun doit choisir son camp. Le Parti démocrate (Pd) de Walter Veltroni a décidé de faire cavalier seul dans la course aux élections, laissant les petites formations d’extrême gauche maîtresses d’elles-mêmes. Cette stratégie est cependant peu profitable au Pd face à la grande « famille » du centre droit. En effet, MM. Berlusconi et Fini ont décidé de s’allier au sein d’une unique liste sous le nom de Peuple des libertés. De son côté Pier Ferdinando Casini, leader de la neo-Démocratie chrétienne (UDC), a refusé pour l’instant de rallier le nouveau parti de Silvio Berlusconi. La Ligue du Nord, elle non plus, n’intégrera pas le Peuple des libertés mais restera uni à celui-ci au niveau du programme politique. Et à l’horizon, on voit réapparaître petit à petit l’Italie du « Cavaliere » : une période néfaste pour l’économie, dangereuse pour les comptes publics et désastreuse pour la culture.
M.Berlusconi a été dernièrement absous du délit de faux en bilan pour la gestion de sa société Fininvest entre 1986 et 1989. Ce n’est que l’énième victoire de l’entrepreneur face à la justice. Et cela ne présage rien de bon pour la péninsule même si début février la Cour européenne de justice (CEJ) a condamné la chaîne de télévision berlusconienne Rete 4 pour non-respect du principe de libre prestation des services. Le leader de l’ancien parti Forza Italia (FI) n’a pourtant aucunes raisons de s’inquiéter car s’il est élu il aura tout loisir d’adopter des lois pour protéger ses entreprises et son empire.

Cependant la menace d’un retour de Silvio Berlusconi au pouvoir doit se mesurer à une échelle supérieure, voire à un niveau européen. Le journaliste transalpin Curzio Maltese parle d’un possible « isolement de l’Italie par rapport à l’Europe ». M. Berlusconi, pendant les deux dernières années de son mandat, accusait la monnaie unique d’être responsable de tous les maux du pays. Le « Cavaliere » pourrait en se libérant de la tutelle européenne avoir via libera dans la mise en œuvre d’une politique fiscale qui à moyen terme serait désastreuse pour l’économie du pays. Même si, comme le suggère le journaliste italien, il est théoriquement impossible de sortir de la zone euro, l’Italie du « Cavaliere »pourrait tout faire pour en être expulsé et accuser ensuite l’UE d’une trop grande rigidité. L’opposition au populisme berlusconien n’est-il qu’une obsession de ses détracteurs ou bien sera-t-elle justifiée dans les années à venir?


Image: Association Italienne

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